Une vie de jardinier

Le jardinier a souvent la folie des grandeurs ! Il faut dire que la palette des plantes à installer dans son jardin est sans limite. Remodeler l’espace, agrandir un nouveau massif, débroussailler une zone oubliée sont autant d’occasions d’agrandir sa collection et de planter, planter et encore planter !

Une question récurrente est souvent faite au jardinier par les visiteurs. Combien de temps passez-vous au jardin ? Difficile à répondre pour le jardinier qui doit penser en semaines, en mois et se faire une raison en remarquant que c’est devenu son quotidien.

Les jardins demandent de la présence et une certaine anticipation devant les saisons qui arrivent si vite. Le calendrier est chargé pour celui ou celle qui y travaille…

En Janvier les grandes résolutions sont prises et il faut lutter avec le froid et la tempête. Février la taille commence avec le premier nettoyage d’hiver accompagné des plantations. Puis les mois de printemps mars, avril, mai, juin qui demandent tellement de présence sur tous les fronts. L’été n’a de reste avec l’exubérance de la nature, les fleurs qui se couchent sous le vent et les roses qui fanent. L’automne sonne le glas de la saison avec toutes ces feuilles qui prennent des couleurs, promesse d’un tapis multicolore qu’il faudra bien ramasser. Enfin l’hiver durant lequel le jardiner n’a de cesse de surveiller son thermomètre alors qu’il craint pour ses plantes les plus fragiles.

La vie du jardinier est essentiellement rythmée par les saisons. Il fait corps avec sa terre et ses plantes, comme si elles étaient une partie de lui-même. Il en vie la croissance, les maladies, la mort avec une certaine déception alors qu’il n’a pas su correctement les installer dans son jardin. Alors il recommence, persévère en se disant « peux mieux faire ! » Et il fait souvent mieux parce qu’un jardin n’est jamais figé !

Le concept du jardin naturel :

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Souvent appelé ‘jardin sauvage’ cette gestion du jardin reprend les caractéristiques de l’environnement local. On y retrouve quelques essences d’arbres et plantes locales propices aux insectes et animaux qui l’entoure. C’est donc aussi un refuge à vocation écologique différent d’un jardin rigoureux et ultra soigné ou les adventices n’ont pas leur place.

L’entretien y est moins strict, établi par vagues de travail qui permettent de maintenir un aspect esthétique en rapport avec le temps disponible à consacrer au jardin et la saison. La structure du jardin y est souvent très marquée avec peut-être plus d’arbustes que de vivaces qui demandent souvent plus d’entretien. Les fleurs y ponctuent les verts par touches et point ici de grandes bandes fleuries de multiples variétés. Les graminées y sont reines, stipas, bambous en tous genres, arbustes qui couvrent les sols. Le paillis naturel y maintien en masse les petites bêtes des prairies et il n’est pas rare d’y rencontrer hérissons, grenouilles et crapauds, salamandres et escargots. Les oiseaux s’y plaisent tout comme le jardinier qui vit son œuvre comme un oasis de nature.

Le concept du jardin de collection :

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C’est souvent un vrai patrimoine aux essences peu communes et aux plantes les plus extraordinaires. Il est assez difficile de concevoir ce type de jardin dans lequel les plantes originaires de contrées lointaines doivent pouvoir s’adapter au climat et au sol. C’est aussi un jardin d’expérience ou l’on essaye et adapte. Ces jardins sont placés dans des environnements dits ‘faciles’ terre riche, climat doux et exposition protégée avec eau soleil ou ombre disponibles. Ce sont des jardins pleins de fierté pour le jardinier, celle d’avoir la plante unique, surprenante et rare. Ce concept de jardin demande une attention toute particulière notamment par une connaissance assez pointue des plantes présentes au jardin qui se doivent d’être étiquetées. Un concept de jardin réservé aux connaisseurs qui portent leur regard un peu plus sur la plante que sur l’ambiance.

Le concept du jardin de passionné :

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Point n’est nécessaire d’avoir les bases ! Souvent des jardiniers autodidactes qui on apprit sur le tas. Parler de tas est de circonstance quand on conçoit un jardin sans véritable connaissance.  On plante, on déplante, sans cesse dans le renouveau avant de trouver le Graal ! On prend toute la mesure du travail au jardin quand il s’agit de partir d’un champ vide alors qu’il faut ‘décrouter’ la couche de surface, bêcher et enrichir le sol et éliminer les pierres et autres vestiges de constructions. Il faut de la passion et y croire. Ce sont souvent des jardins ou l’on se lève tôt et se couche tard à profiter du jour. La passion est la même pour l’achat des plantes, sans limite et parfois un peu désordonnée. Ces jardins sont aussi ceux qui présentent de l’inventivité, objets détournés, tuteurs abracadabrants, avec une forte identité. C’est aussi un jardin plaisir ou l’on ressent l’engagement du jardinier qui a cherché des solutions à tous ses problèmes.

Sans doute existe-t-il bien des concepts de jardin, avec simplement un mélange de différentes tendances, collection, inventivité, rigueur ou folie de grandeur. C’est aussi pour cela que les jardins ont tous leur identité et nous apportent tant de richesse..

 Les jardiniers sont-ils des artistes ? A leur mesure sans doute, et c’est l’hommage aux jardiniers que l’on peut proposer. Les plantes deviennent leur matière, les outils sont leurs pinceaux, et la nature le plus beau des tableaux.

Paul Beugin

‘Le jardin du marais’

Cotentin côté jardins

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